De l’humain augmenté par le Web 3D

De l’humain augmenté par le Web3D

Ce billet  à l’allure rébarbative par sa taille se veut plein de bonne humeur. Même s’il traite par moments des ressentis de la violence ordinaire, il est à balayer du regard pour s’attarder sur tout ce qu’il vous plaira…

J’ai pu assister il y a quelques jours à la retransmission streamée d’une partie des interventions de la journée TEDx qui se déroulait à Montpellier :

http://www.presse-citron.net/conference-tedx-montpellier-au-dela-du-numerique-lhumain

Celle de Daniel  Herrero, ambassadeur officiel de la Fédération nationale des Droits de l’Homme, m’a paru percutante car exprimant bien mieux que toute littérature, en quoi le Web tel qu’il est aujourd’hui est riche de services en lignes, d’apports en informations et de réseaux sociaux, mais qu’il n’apporte pas ce que certaines activités humaines (il a bien entendu pris l’exemple du Rugby) offrent en termes de chaleur humaine, de partage, de solidarité, de développement personnel et de joies (je fais très court et en substance, voir video ci-dessous).

Je n’ai pu m’empêcher d’établir un parallèle avec  le Web 3D : certes, l’utilisation de cette innovation logicielle encore peu connue en France n’équivaut pas à participer à l’aventure d’une équipe de Rugby, pas contre, les manques du Web 2D signalés en creux par Herrero sont bien ceux auxquels le Web 3D peut apporter un réel progrès.
En tous cas, cela m’a donné envie de me risquer à une démonstration, tant les valeurs et sa représentation du monde portées dans ses propos m’ont paru voisines de celles guidant mes réalisations telle celle de Ma Mairie en 3D.

Je me suis dis qu’après tout, le développement d’un nouvel usage touchant si profondément à l’humain ne peut se suffire d’annonces d’offreurs de solutions qui tentent de les vendre, que l’intention ayant conduit à mettre sur le marché un produit qui suppose une pratique nouvelle méritait une explication plus riche sur ce qui constitue sa marque de fabrique, que des messages de séduction superficiels.

Pour ce faire, je partagerais ici un rappel méthodologique qui m’a toujours été bien utile pour toute entreprise, disons qu’il aide à réduire la marge d’erreur possible  dans la recherche de solution à une situation- problème.

Ce détour méthodologique permet l’évaluation (au sens donner une valeur) d’actions ou de  projets censés apporter  une réponse à un problème.
Je le propose ici pour démontrer  une sorte d’incohérence que je constate entre l’offre et la demande.
Un peu comme lorsqu’à un problème de nature sociale on propose une réponse de nature éducative,  ou l’inverse … cherchez l’erreur !

(et petit clin d’œil en passant aux politiciens de tous bords qui feraient bien aussi de l’appliquer à leur programme…)

1er de tous les principes : c’est dans l’énoncé d’un problème que réside sa solution (cf. le mathématicien Möbius)
Ces emprunts au raisonnement mathématique comme transposable à toute chose,  ou comme on le verra juste ci-après à la terminologie médicale (cf. diagnostic), sont non anodins et toujours éclairants. A condition de se poser quelques bonnes questions afin de bien énoncer le problème,  dont par ex :

-    Qui sait quelque chose  -et/ou est le mieux placé pour savoir et s’exprimer- sur ce problème ? (en général ceux qui le  vivent au plus près non? …)
–    Que sait-on sur ce problème ? quels autres regards, sources, peuvent le documenter ?
–    L’art de poser le problème, une fois éclairé dans tous ses aspects par les ressources citées plus haut (cf. la problématisation)
Etc etc… ce qui, lorsque cette exploration étayée et la plus foisonnante possible a pris place, permet l’identification de réponses, par l’inversion alors toute simple de certains éléments de la problématique.

Illustration simplifiée : (c’est du vécu)

Constat/problème : nombreux cas d’absentéisme dans une école.
Diagnostic :
–    enquête participative auprès d’élèves y compris des intéressés, des parents, voisinage, commerçants…
–    enquête enseignants, travailleurs sociaux, associations locales, élus, police, justice…
Problématique :
–    Les résultats font ressortir (entre autres)  une corrélation significative entre absentéisme scolaire et chômage de l’un ou des deux parents

-  Hypothèse d’objectif et d’actions par l’inversion dans le contenu de la problématique : lutter contre le chômage des parents

Les actions à mettre en place seront alors évaluées pour elles-mêmes (résultats de l’accompagnement vers l’emploi, travail sur le lien social etc.) mais aussi pour leurs impacts sur le diagnostic de départ s’agissant de l’absentéisme scolaire. Puis rectifiées au vu des résultats, etc. etc. (cf. évaluation dynamique)

Ainsi, la collectivité  aura évité le recours à la kyrielle d’actions de lutte contre l’échec scolaire portant sur la seule aide aux devoirs,  celles activant  le seul rappel à la loi ou  autres mesures de moralisation de la parentalité… Que d’économies de ressources humaines et financières et pour une réponse en adéquation avec la demande sociale (celle qui ne s’exprime pas par des mots mais par des comportements…)

Ah pourquoi ces méthodologies importées d’outre-Atlantique ne se répandent-elles pas autant et aussi vite que la misère sur le monde ?

Bref comme dirait l’autre…
Et pourquoi tout ce déballage ici me direz-vous ?

Eh bien parce que je perçois le même déficit de processus méthodologique dans le domaine de l’offre de solutions en matière de TICE en France.

Illustration : (encore du vécu)

Que déplore-ton le plus dans la formation à distance ?
Constat : le taux de décrochage.
Diagnostic/Problème ? : La solitude de l’apprenant.
Solutions ? Les offres mixtes et blended, le tutorat

Jusque là, pas mal joué.

Et pourtant cela ne semble pas suffire.
Alors on ajoute aux outils du 2D d’autres outils du 2D, on tente de les rendre plus conviviaux, plus 3 en 1 etc.
Mais il y a aussi  l’ajout de tuteurs et les contorsions des concepteurs et des pédagogues –au risque de dénaturer les vocations respectives- pour tenter des dispositions adaptées à l’outil et non l’inverse, et de ne pas appauvrir le contenu de l’efficacité de l’enseignement,  avec au bout du compte la perte du « qui » transmet et  qui transmet aussi quelque chose de lui-même (cf. Michel Serres : «on ne transmet pas quelque chose, mais soi».) etc etc.

Et ce que j’observe, c’est cette persistance à penser que la solution est tout de même dans le perfectionnement des outils 2D et leur popularisation.

Or  peut-on me dire en quoi ou quel outil du 2D permet de solutionner un problème de solitude ?

Les réseaux sociaux permettent de « connaître » des personnes, d’échanger des informations, de partager des discussions etc. Une sociabilité ajoutée certes, mais davantage par la massivité, la fréquence et l’accessibilité permises que par une quelconque modification dans la nature des solutions de communication à distance et virtuelles déjà existantes : le téléphone et le courrier par ex.
Je rejoins en cela et par transposition le constat de mon ami Lorenzo Soccavo s’agissant de la numérisation du livre : http://ple-consulting.blogspot.com/2012/01/limportant-nest-pas-ledition-numerique.html?spref=tw

Les plateformes de travail collaboratif ou de e-learning évitent essentiellement les déplacements.

Les web conférences enrichissent les échanges par l’apport du son et de l’image synchrones, mais les utilisateurs ne partagent pas les repères géospatiaux qui alimentent la mémorisation et la concentration pour leur cerveau.

Alors reprenons nos lunettes méthodologiques :

Qu’est-ce que cette solitude de l’internaute ?
Qui peut en parler ?

1° l’usager :
Je suis empathique, je vais parler pour lui : être seul devant son écran, quels que soient les outils ouverts. Du partage cérébral, des émotions aussi bien sûr,  mais peu partageables en temps réel. Point d’effet-groupe possible. Richesse des interactions limitée. Point de faire ensemble et en même temps. L’ineffable alchimie de la présence de l’autre qui vaut  la perception immédiate de l’existence ou de l’absence d’atomes crochus…Que nenni. Cela est vrai et restera vrai pour le coworking, le télétravail, la formation, quoiqu’on en dise.

2° Autres ressources pour éclairer le problème :
Quelques banalités scientifiques suffiront (je vous fais grâce des sources):
…l’homme est un animal social…
…Notre cerveau est conçu pour percevoir le monde en 3 dimensions…
…Les interactions et les émotions si contributives de la mémorisation et des apprentissages…
…Les facteurs spatio-temporels et synchrones, ou ce vécu environnemental commun qui cimente toute relation productive…

Quelle problématique ?
Le web 2D apporte des services innombrables et sur plusieurs champs de l’évolution humaine : accès à la connaissance, partage des informations et (donc) du pouvoir, humanisation (au sens dé-hiérarchisation) des échanges (et encore… sur ces deux points, l’outil facilite mais ne crée pas tant la volonté), dématérialisation et partage de données (cf. développement durable), la mobilité sans la distance etc etc.
Mais il ne satisfait pas à des applications à la fois naturelles et complexes pour lesquelles notre cerveau a besoin de percevoir en 3 dimensions ce qu’il interprète comme réel : se former, participer de et à des décisions, produire ensemble, se sentir inclus dans une vie sociale…

Inversons :
Quelle innovation technologique pour que ces opérations puissent prendre place?

Nous y sommes !

Le Web 3D !!

Alors pourquoi s’entêter à continuer une préconisation d’empilement d’outils 2D lorsque le diagnostic de la demande est : plus de démocratie participative, plus d’implication et d’engagement, plus de solidarité, plus de lien social ? (je n’invente pas, je reprends tous les termes utilisés par les influenceurs et prescripteurs des outils-contenus-usages du web qui prétendent émanciper les populations ou visent à un projet de société…) Ou encore tiens ! Merci Twitter qui m’envoie ceci à l’instant : http://www.lagazettedescommunes.com/96901/les-francais-sont-partages-sur-lutilisation-des-services-publics-en-ligne/  ou la défiance de livrer des données sans interlocuteur ou contact humain bien réel en face de soi ?

Mettez ces lunettes méthodologiques un petit moment, si si ! Faites l’exercice, et regardez toutes les innovations proposées. Vérifiez par vous-même : elles apportent toujours plus en matière de partage d’infos, de services en ligne, d’outils faciles, de prouesses esthétiques même (y compris l’offre 3D qui parfois n’apporte que cela), mais en aucun cas une réponse à la problématique que j’ai voulu souligner ici ou à l’incantation de participation, d’implication, d’engagement, de lien social etc.

Bon d’accord me direz-vous, mais le web 3D connais pas.
Ok, normal, puisque peu de visibilité lui est donnée (voir plus haut).
En Amérique et en Europe du Nord, les Universités y ont déjà leur terrain de jeu, le coworking s’y déploie.. Mais bon, coworker c’est déjà toute une culture…
Je cherche et je m’interroge sur les raisons qui font que chez nous plus qu’ailleurs,  seules de grandes ruptures font adopter les innovations.
La grippe A si elle avait été plus virulente aurait certainement fait avancer l’adoption d’univers protégés contre la contamination. Ne rions pas, c’est malheureusement vrai.

Autres pistes.
Les à priori :
– « J’ai entendu parler des mondes virtuels, ce sont des jeux »
Non, car pas de règles du jeu. Tout peut arriver comme dans la vie
Ce sont des mondes sociaux, comme les réseaux sociaux mais où l’on peut y mener des activités ensemble en temps réel.

-« La technologie 3D des mondes virtuels utilisée pour des applications dédiées à la formation ou au travail, c’est bien, mais il faut être geek pour s’en servir »
Non,  un ordinateur de moins de 5 ans, un outil client à télécharger une seule fois comme on télécharge un logiciel de traitement de texte (il est où le problème ?) et les 4 flèches du clavier pour se débrouiller le 1er jour, quelques autres fonctionnalités à découvrir ensuite mais dont le résultat émerveille plus qu’il ne décourage, pour communiquer, découvrir et agir…

-« Oui mais l’accès à la plateforme n’est pas intégré au navigateur Internet »
C’est vrai, on a appuie sur un autre bouton du bureau, comme pour sa boite mail (il est où le problème ?)

-« Oui mais je ne peux pas l’avoir sur mon smartphone ou ma tablette »
Non, pas encore mais ça vient et arrivera sans doute avant que vous n’ayez remisé votre ordinateur chez l’antiquaire…

-« Oui mais le virtuel n’est pas le réel »
Ah !
Rétablissons déjà le vocabulaire : le contraire de « réel » c’est « irréel »
Le virtuel n’est donc pas le contraire de réel
Si nous nous téléphonons, notre échange est bien réel et pourtant nous utilisons un moyen technique virtualisant une coprésence géographique.

Quoi d’autre ?
Pas grand-chose du moins dans l’explicite.
Alors je creuse pour vous sur l’éventualité d’autres causes qui ne disent pas leur nom et qui définissent ce que l’on nomme des résistances inconscientes.

Hypothèses :
Les représentations sur les mots « immersion », « avatar » :
Ils renvoient sans doute plus fortement qu’on ne le croit à « implication de soi », à « être » (plutôt que consommer).

Et pourtant me direz-vous, les réseaux sociaux ne tirent-ils pas tout leur succès de ces mêmes attentes ?
Oh que si!
Mais les réseaux sociaux offrent toute latitude à chacun pour réfléchir avant de s’exprimer, permettent à ceux qui le souhaitent de soigner leur image, de se forger une réputation, parfois de s’y complaire et d’en oublier l’artifice. L’ego peut y être fort bien traité, ce qui n’est pas un luxe dans une société anonymisante et fragmentée. Mais c’est aussi le défaut de la cuirasse par rapport aux relations non virtuelles qui laissent moins d’espace pour la triche. Même si nous sommes -et parfois confusément- peu dupes de cette part de jeu possible,  il est sans doute encore trop tôt pour un bas les masques massif. Dans la colonne des pertes et profits, l’aventure collective est encore trop belle, et la prise de conscience qu’il existe aussi des comportements outrancièrement méprisants ou une tendance à l’instrumentalisation des uns par les autres me semble peu saillante…

Alors oui,  cette intuition est surement présente selon laquelle le temps réel synchrone et autres conditions plus impliquantes peuvent exposer chacun bien davantage.

Et ce point m’inspire trois remarques.

La première est de dire que les relations dans  les réseaux sociaux du Web 2D seraient donc plus virtuelles que celles entretenues dans le Web 3D (au sens impropre utilisé de l’irréel, voir plus haut). Parlons plus clair : les relations permises par le web 2D laissent une grande part à la falsification de ce que nous sommes.

La seconde est davantage tournée sur la poursuite de ce « creusons un peu ensemble ce qu’il y a derrière tout ça » :
La question à se poser ne serait-elle pas : je me protège, mais alors de quoi ?
Des autres ? Et en se donnant l’illusion que ça marche ?
Drôle de posture lorsque l’on veut partager et se lier à d’autres.

Peut-être plutôt : se protéger de soi-même finalement.

La grande question serait alors : est-ce bien raisonnable, est-ce surtout justifié ?

Je sais aussi que beaucoup de lecteurs ne se reconnaissent pas dans ce que je raconte ici et je ne les oublie pas. Je vais les désigner très simplement : ce sont ceux qui ont foi en l’autre et donc ne masquent rien de ce qu’ils sont, car s’ils ont foi en l’autre c’est qu’ils ont avant tout foi suffisante en eux-mêmes. Eh oui c’est bête comme le monde. On ne fait jamais que de projeter sur les autres ce que l’on est soi –même. Et vous savez quoi ? Je n’ai pas fait de recherche de laboratoire sur la question, mais je poserais bien l’hypothèse de leur venue plus aisée dans les mondes immersifs… A vérifier donc.

La troisième, c’est que décidément, les outils ne changent pas l’Homme
Ils permettent juste à chacun de s’emparer de celui qui lui convient
Mais ce qui est intéressant c’est de constater comment cela sert de révélateur ou de miroir de ce que nous sommes, grâce à la massivité des phénomènes  et que la technologie –encore elle- permet de connaître de mieux en mieux.
La technologie s’est emballée mais pas l’archaïsme de notre psyché…
Et cependant le miroir est utile, car il donne des idées, diffuse de nouveaux modèles, accélère des adoptions autrement si longues même si inscrites dans le sens de l’histoire humaine : aux managers, aux RH, au citoyen…. : faire mieux et plus loin ensemble, mettre au porte manteau ce qui nous sépare pour servir ce qui nous rassemble…

Le message ou la valeur au coeur de tout ceci, n’est-ce pas la confiance?

En voici un point positif non ??

La technologie s’est emballée mais n’emballe pas toujours les décideurs et les utilisateurs de la même façon ni au même moment.
Déjà j’aimerais d’abord voir placé utilisateurs avant décideurs, car ces derniers incarnent trop souvent un rôle d’écran plutôt que d’émancipateur…

Bon le temps est venu d’une conclusion provisoire.

Je me résume :

La technologie a toujours permis à l’homme de dépasser ses limites sensorielles et intellectuelles : voir plus loin, entendre et parler plus loin, calculer plus vite, etc etc.

Chaque innovation en ce sens a toujours entrainé des résistances massives avant des adoptions massives.

Ces résistances on toujours été exprimées par d’autres mots et raisonnements que ceux appropriés, l’emportant parfois sur le bon sens lui-même (cf. mon détour méthodologique)

Il a fallu des auteurs et des chercheurs se documentant finement pour nous le révéler.

Aujourd’hui, nous avons toutes les données à portée de notre connaissance (cf.le miroir), et  nous pouvons nous en saisir plus vite pour comprendre nos contemporains en plus de nos aïeux.

C’est pourquoi je ne désespère pas d’une accélération du processus habituel.
Que chacun pose de temps en temps ses valises de tweets, de posts et autres friandises, et regarde leur contenu avec ses lunettes méthodologiques, se repasse le film de ma démo, s’interroge sur sa basique confiance en soi. La technologie en a besoin tout autant que l’on a besoin d’elle.

Le Web 3D en a besoin aussi semble-t-il, et a-ton besoin de lui?

Je vous retourne la question.

Jenny Bihouise

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